ISO 16128 : une norme pour la cosmétique naturelle et biologique

Face au maquis des conceptions et interprétations du naturel et du biologique en cosmétique, l’Organisation Internationale de Normalisation, dont l’acronyme est ISO, a fixé des lignes directrices pour les cosmétiques naturels et biologiques, ainsi que pour leurs ingrédients. La partie 1 de la norme ISO 16128, publiée en avril 2016, a défini les ingrédients, la partie 2, publiée en octobre 2017, a codifié les calculs et les indices. Il aura donc fallu 6 ans au groupe d’experts de l’ISO pour poser les bases normatives de la cosmétique naturelle, de la cosmétique biologique et de l’origine biologique.

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A sa publication, la norme a fait l’objet en France de vives critiques de la part de l’association Cosmébio/Cosmos, qui espérait probablement se constituer en référence et imposer ses propres critères aux experts internationaux. La Febea, partie prenante et représentant officiel de l’industrie cosmétique française a soutenu la norme consensuelle, tandis que l’association Cosmed semble n’avoir pas pris parti.

En vérité, il n’y a pas lieu à débattre. La norme est un outil de standardisation visant à harmoniser les langages, elle n’est nullement une charte de cosmétique naturelle ou biologique. Les labels gardent leur liberté et leurs valeurs sur ce plan qualitatif, la norme les contraint seulement à adopter un langage commun, et les force accessoirement à renoncer aux arrangements avantageux.

La norme ISO 16128 résout le cas critique de l’eau … en laissant le libre choix de considérer l’eau comme biologique ou non. L’eau est biologique par nature, c’est le milieu incontestable de la vie. Mais les labels qui la rejettent, parce qu’elle n’est pas issue de l’agriculture biologique, pourront continuer à l’ostraciser.

La norme ISO 16128 ne statue pas non plus sur les substances non-naturelles, hors le plafond de tolérance de 5%.  Les labels ont là l’opportunité de faire valoir leurs différences. Nous souhaitons une surenchère féroce qui aboutisse à l’exclusion de ces substances, dont nous espérons d’ailleurs le bannissement total à la révision de la norme, prévue dans 6 ans. D’ici là, les labels ont tout loisir pour établir les listes positives des ingrédients non naturels qu’ils admettent, et de défendre ces substances sur les plans toxicologique et écologique, comme le fait déjà NaTrue pour les substances nature-identiques.

Notre plus grande crainte sur la référence à la norme, est que la surenchère attendue sur les pourcentages d’ingrédients naturels et/ou d’ingrédients biologiques, masque aux yeux du consommateur non averti la présence de substances synthétiques, incongrues et inavouables : parfums, solvants, conservateurs …

La norme étant publiée, il appartient désormais au labels de réviser leurs chartes, les débarrasser des exigences infondées et affiner leurs listes de substances non naturelles tolérées, bref  de les recentrer sur la naturalité attendue tant par le consommateur que par la planète.

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